Où travaillez-vous ?
Les personnes migrantes qui arrivent à l’EVAM doivent presque toujours apprendre la langue, élément essentiel de leur intégration. Pour cela, elles fréquentent l’un des trois centres de formation répartis sur le territoire, dont celui de Chavannes 33 où je travaille au sein d’une équipe éducative.
Notre public est particulier puisqu’il s’agit d’un centre de cours intensifs. La priorité est donnée aux jeunes dès 16 ans, mais nous accueillons des participant·es de tous âges, de toutes nationalités et aux parcours variés. En plus du français, des cours de mathématiques et de numérique sont proposés.
La formation intensive comprend au minimum 20 périodes de cours réparties sur la semaine et s’étend sur six mois.
Quel est votre rôle auprès des participant·es ?
Nous travaillons selon un système de références éducatives : tous les six mois, je suis référente de plusieurs classes. Une fois par semaine, je rencontre les enseignant·es afin de faire le point sur la dynamique du groupe et la situation des bénéficiaires. Ces échanges nous permettent d’intervenir en classe, de répondre aux questions, de proposer des entretiens individuels ou collectifs, de prévenir certaines tensions et d’orienter les bénéficiaires vers les ressources adaptées lorsque cela est nécessaire. Entre autres, notre place dans le dispositif nous permet de détecter des situations de fragilité ou à risque, qui passeraient autrement inaperçu.
Notre mission est de favoriser la pré-insertion professionnelle, l’épanouissement personnel et l’autonomie des bénéficiaires. Nous travaillons par exemple sur la gestion des émotions, l’affirmation de soi, la ponctualité ou l’esprit collaboratif, en adaptant notre accompagnement aux ressources et aux besoins de chacun·e.
Une part importante de notre activité repose également sur le travail en réseau. Selon les situations, nous collaborons avec les parents, le Service des curatelles et des tutelles professionnelles (SCTP), les éducateurs·rices de foyer, les assistant·es sociaux·ales, le Centre social d’intégration des réfugiés (CSIR) ou les professionnel·les de la santé afin de soutenir le projet d’intégration de la personne. Pour les situations complexes, nous proposons des rencontres au centre de formation avec ces partenaires, ou nous nous déplaçons.
Nous assurons aussi des permanences éducatives durant lesquelles les bénéficiaires peuvent venir librement poser leurs questions ou échanger avec nous. Enfin, nous organisons diverses activités— cafés-contact, groupes de parole, ateliers créatifs, sorties culturelles ou sportives, friperie, sorties de classe — afin de créer du lien, mettre en valeur les talents, et répondre à certains besoins.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
J’exerce ce métier depuis dix ans et je ne m’en suis jamais lassée ! J’aime profondément travailler avec les personnes migrantes. C’est un public extrêmement enrichissant, composé de personnes venues d’horizons très différents, qui m’apportent beaucoup au quotidien.
J’admire particulièrement leur résilience et leur courage. Ce sont des personnes qui ont tout quitté pour reconstruire leur vie ailleurs. On pense souvent à leur passé difficile, mais on oublie parfois les défis auxquels elles continuent de faire face chaque jour. Pour certain·es, le chemin est encore long. Nous sommes là pour les accompagner dans leur processus d’intégration et nous constatons à quel point ce parcours peut être exigeant. Malgré cela, la plupart investissent une énergie considérable pour construire un avenir meilleur.
Quelles sont, selon vous, les compétences essentielles du métier ?
L’éducation est un métier du domaine social qui repose avant tout sur les compétences relationnelles. La capacité à créer du lien, l’écoute active, l’adaptabilité, la bienveillance et l’ouverture sont essentielles. Nous sommes en contact permanent avec les bénéficiaires comme avec les différents partenaires du réseau ; il faut donc apprécier le travail collaboratif. La gestion de groupe est également une compétence importante.
Avez-vous une anecdote ou un moment marquant à partager ?
C’est une question difficile, car ce métier est rempli de moments forts et c’est parfois un ascenseur émotionnel !
Lorsque les bénéficiaires choisissent de nous raconter leur histoire, souvent marquée par des épreuves importantes, ces échanges restent gravés dans ma mémoire. Mais ce qui me touche tout autant, ce sont des moments simples. Des réussites que nous pouvons célébrer ensemble : l’obtention d’un contrat d’apprentissage, d’un regroupement familial, d’un permis de séjour ou encore la capacité à surmonter une difficulté.
Je pense notamment à une femme qui n’osait pas passer un appel téléphonique. J’étais convaincue qu’elle en était capable. Nous l’avons bien préparé ensemble et, lorsqu’elle a raccroché, elle était tellement fière d’elle !
Quel est le plus grand défi de votre métier ?
Avez-vous l’impression que certaines personnes ont des idées reçues sur votre métier ?
Absolument. Il y a souvent une différence entre ce que certain·es peuvent penser de cette population et de ce qu’elle est en réalité. On me demande par exemple parfois si les bénéficiaires sont agressifs. En dix ans de métier, je ne me souviens pas d’une seule situation où l’on m’aurait manqué de respect. Je les trouve au contraire très reconnaissants, patients et compréhensifs.